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16-09-2014
Profencampagne
Publié le 30-10-2013 09:55 0 2

A Voir - Snowpiercer

CINÉMA

Le Coréen Bong Joon-ho va faire sensation avec «le Transperceneige», l'adaptation d'une BD française, où une humanité survivante rejoue la lutte des classes dans un train filant entre neige et glaces.

2031 Alors que la Terre est en proie à une nouvelle ère glaciaire sous l'effet dérégulé d'agents anti-réchauffement climatique, la vie y a presque entièrement disparu. Les derniers survivants vivent à bord d'un train lancé autour d'un globe réfrigéré - au rythme d'un tour du monde par an, le défilement des années se trouve ainsi rythmé par le passage sur le même pont. Cette arche sur rails a reconduit un brutal ordonnancement social : d'aristocratiques nantis dans le confort des voitures de têtes tandis que les masses indigentes s'entassent en wagons de queue, corvéables à merci et régulièrement dépossédées de leurs enfants par des hommes en armes. Si bien qu'un petit groupe finit par se mettre en tête de remonter le train.

Voilà la trame imaginée par le scénariste Jacques Lob au milieu des années 70 et mise en dessins par Jean-Marc Rochette en 1982 dans la bande dessinée le Transperceneige, une trame que le Coréen Bong Joon-ho fait aujourd'hui sienne dans un cinquième long métrage annoncé de longue date et attendu à la mesure de la très haute idée que l'on a de ses précédents films (Memories of Murder et The Host) en tête.

Bong se révèle aventureux dans sa démarche d'adaptation ; on ne retrouve ici guère trace des personnages de la BD, ni d'un quelconque souci de vraisemblance. Son ambition le rend aussi tantôt un peu indigeste et balourd, tantôt pris d'accès sublimes où il ouvre des abîmes théoriques et renoue (sans presque aucun effet numérique apparent sinon l'horizon neigeux) avec la grâce gazeuse de ses meilleurs films. Sorti en Corée du Sud voilà deux mois, ce blockbuster étonnamment old school s'est d'ores et déjà classé parmi les dix plus importants succès d'un box-office dont le numéro 1 n'est autre que... The Host. Dialogue avec son réalisateur, en attendant la sortie française, le 30 octobre.

Comment avez-vous découvert et choisi d'adapter la bande dessinée française à l'origine de votre nouveau film, le Transperceneige ?

Etant depuis toujours un fan de BD et de romans graphiques, j'avais mes habitudes dans une librairie spécialisée de Séoul. C'était une enseigne où l'on trouvait de tout - des manhwas coréens, des mangas japonais, des titres américains et européens -, un peu comme les magasins parisiens Albums de Saint-Germain- des-Prés. Voilà comment j'ai découvert par hasard le Trans­perceneige, un jour de l'hiver 2005. Dès les premières pages, j'ai été captivé par cette vision si originale des derniers survivants de l'humanité, coincés à bord d'un train en marche autour du monde. Et j'ai aussitôt décidé de l'adapter un jour au cinéma.

Qu'avez-vous retenu du graphisme et du récit originaux dans votre travail d'adaptation ?

Bien sûr, le roman graphique le Transperceneige est un chef-d'œuvre. Mais qu'il s'agisse d'une BD, d'un roman ou d'une pièce de théâtre, il est toujours nécessaire à mon sens de réviser complètement l'œuvre originale quand on se lance dans une adaptation cinématographique. Je me suis donc réapproprié le livre, à l'instar d'un bœuf qui rumine l'herbe. L'idée était de créer mon propre film et de ramasser cette matière sur une durée de deux heures. Je procède ainsi à chaque fois qu'il est question pour moi de réaliser l'adaptation d'une œuvre originale.

La trame du Transperceneige, si elle a des résonances très actuelles, baigne vraiment dans un imaginaire eighties. Dans quelle mesure avez-vous cherché à l'actualiser ?

Je ne suis pas certain que cette histoire soit si connotée années 80. Certes, quand Jacques Lob a imaginé le scénario, il était bien évidemment sensible aux dérives du capitalisme en France et dans le reste du monde. Je suppose donc qu'il est parti d'une critique ou d'une forme de satire de ces problèmes. Mais relisant son livre en 2013, on s'aperçoit qu'il transcende les décennies, au point que le lecteur d'aujourd'hui n'a aucune peine à s'y reconnaître. Les films de science-fiction comme le Transperceneige se situent hors des repères espace-temps. Il me semble que cette forme de simplification permet d'aller à l'essentiel pour parler de la condition humaine. En ce sens, la façon dont le livre décrit les réactions de l'Homme face à une situation extrême a une portée universelle. C'est aussi l'état d'esprit que j'ai voulu insuffler à mon film.

Pourquoi avoir choisi de renouveler presque complètement les personnages de l'intrigue du livre à la bande dessinée ?

Mon but étant de digérer entièrement cette matière pour recréer quelque chose de personnel, il était donc normal de réinventer les personnages, à commencer par leur nom. Je pense surtout à Curtis (Chris Evans) et à sa quête, illustrée par son parcours des wagons de queue vers la tête du train, qui constitue la trame essentielle du récit. C'est aussi l'histoire d'un voyage entre deux pères spirituels, l'un incarné par Gilliam (John Hurt), et l'autre par Wilford (Ed Harris). Voilà à mes yeux la principale différence par rapport au livre. L'étrange personnage du chef de la sécurité du train, NamGung Minsu (Song Kang-ho), qui incarne une sorte de héros caché, était aussi un élément indispensable pour parfaire ma vision.

Il paraît que vous avez néanmoins associé Jean-Marc Rochette, dessinateur de la BD originale, à la production de votre film. Dans quelle mesure ? Lui et son travail graphique ont-ils influencé le scénario ou votre mise en scène?

Au fait, sachez que Jean-Marc joue dans le film ! Il y incarne le personnage du peintre-dessinateur [un rôle clé puisque les déshérités des wagons de queue n'ont pas de photos pour se rappeler le visage des enfants qui leur ont été enlevés, ndlr]. Dans les scènes où le dessinateur croque leurs portraits, ce sont les mains de Jean-Marc qu'on voit. Mais ce n'est qu'un caméo, il n'est pas intervenu dans l'adaptation du scénario.

Il y a dans votre film un travail très sensible sur le gros plan, les visages. Pouvez-vous en parler ?

Je suis heureux que vous l'ayez remarqué. C'était effectivement mon intention, accorder beaucoup d'importance aux visages. D'une part pour mettre en relief la riche galerie des personnages, d'autre part pour surmonter la sensation d'étouffement ou de monotonie dans la mesure où l'intrigue a pour seul décor l'espace confiné du train pendant deux heures. J'ai fait le choix de miser sur l'expressivité des personnages afin de captiver les spectateurs... D'où un travail très soigné sur les gros plans. C'était aussi l'occasion de montrer des aspects inédits de Chris Evans, qui est surtout connu comme un acteur physique tout en muscles. Dans le film, il exprime à merveille la solitude et la tristesse d'un homme en proie aux fantômes du passé. Tilda Swinton apparaît, au contraire, comme un mignon petit monstre (rires) ou une sorte de pantin grotesque. Je tenais à mettre en scène la métamorphose de son visage comme un spectacle en soi.

Le jeu des acteurs épouse pour grande partie une certaine tradition coréenne d'un grotesque plein de noblesse. Le fait de travailler, de surcroît, à partir de dessins très expressifs a-t-il eu une influence sur l'interprétation?

Je suppose que vous faites allusion aux dessins détaillés qui illustrent le storyboard ? Mais je ne les montre pas à mes interprètes, j'essaie plutôt de dialoguer avec eux afin de stimuler l'énergie et l'émotion qui leur sont propres. Il me semble, en fait, n'avoir jamais recouru aux dessins dans mon travail avec des acteurs. Dont certains, en plus, n'avaient jamais lu la bande dessinée originale.

Par rapport à vos précédents films, on sent une nette transformation de votre découpage, de la dynamique de la mise en scène. était-ce une évolution consciente ?

Je me suis essentiellement fié à mon instinct - ou disons à mon intuition - pour élaborer l'atmosphère du film. Deux rythmiques a priori contradictoires coexistent dans le Transperceneige. Il y a d'abord une rythmique violente et haletante des scènes de combats. à cela s'ajoute une rythmique lente et solennelle des scènes de dialogues, notamment vers le milieu et la fin du film, quand le personnage d'Ed Harris apparaît. D'où cet entrelacement de deux vitesses dans le montage, l'une lente et l'autre rapide. De là provient sans doute l'ambiance originale et étrange qui caractérise le film. Avec le recul, je m'aperçois que le Transperceneige a constitué pour moi un vrai défi, en même temps que l'opportunité de nouvelles expérimentations.

On sent le film traversé par l'écho d'une profusion considérable d'images diverses, d'une séquence à l'autre, du cinéma primitif aux images les plus contemporaines. Il y a une scène où Tilda Swinton paraît filmée comme un vampire de film muet égaré dans une séquence de jeu vidéo à la Metal Gear Solid. Un peu comme si vous aviez entrepris de faire entrer un siècle d'images dans un train et deux heures de récit...

En effet, je n'oublie pas que le tout premier film de l'humanité, réalisé par les frères Lumière, a pour sujet l'entrée d'un train en gare... L'histoire du cinéma est riche de films qui évoquent ou mettent en scène les trains. De là à dire que j'avais l'ambition de faire entrer un siècle d'images dans mon film... Sachant que les deux heures de Transperceneige se déroulaient dans un espace confiné, j'avais surtout la hantise que le film ne sombre dans la monotonie. J'ai apporté autant de variété que possible à la direction artistique, au décor des wagons qui se succédaient, à la façon de filmer les personnages, les espaces, et comment introduire de la diversité dans les mouvements de la caméra, dans le choix des objectifs... Je pense que le film donne l'impression de brasser une multitude d'influences grâce à ces diverses parades visant à combattre la monotonie !

On retrouve ici votre sens de la rupture de ton, votre goût de l'hybridation des genres...

Oui, parce qu'il existe des éléments qui reviennent de façon récurrente dans mes films. Comme le changement brutal d'atmosphère, le croisement d'émotions contradictoires. On le voit de façon flagrante dans la scène de l'école du Transperceneige. Il s'agit moins de mélange des genres que d'un désir d'exprimer toute la complexité du cœur humain. Cela me passionne depuis toujours...

En donnant un rôle de survivante à la jeune actrice Ko Ah-sung, vouliez-vous jouer sur le souvenir de The Host où elle interprétait la petite fille kidnappée par le monstre ?

C'est vrai que Song Kang-ho et Ko Ah-sung interprétaient également un duo père-fille dans The Host. Avant même de m'atteler à l'écriture du scénario du Transperceneige, j'avais l'intention de faire appel à eux pour incarner des personnages spéciaux. Je leur ai annoncé d'emblée qu'ils joueraient à nouveau un père et une fille. C'est donc en pensant à eux que j'ai écrit ces rôles. J'admets avoir eu l'envie de faire un petit clin d'œil à The Host. Et puis comment dire... le Transperceneige m'amenait à travailler avec un casting international, et je trouvais réconfortant d'avoir à mes côtés des interprètes amis que je connaissais bien.

Snowpiercer, le Transperceneige, de Joon-ho Bong, avec Chris Evans, Song Kang-Ho, Ed Harris, John Hurt et Tilda Swinton, sortie le 30 octobre.

Julien GESTER

http://next.liberation.fr/cinema/2013/10/11/la-lutte-des-glaces_937873

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Source: profencampagne.com

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